Recueil Confcap – Situation #7 : La contention physique passive : travailler les représentations pour changer les pratiques

Auteure : Julie Montreuil, cadre kinési-thérapeute

Contexte de description : La situation est issue d’une expérience professionnelle concernant un patient, hospitalisé en service de médecine polyvalente, service de soins recevant majoritairement des patients âgés poly pathologiques, dans un centre hospitalier. Le nom donné au protagoniste est fictif.

Résumé : La mise sous contention physique passive semble de plus en plus répandue au sein des établissements hospitaliers. Sans évaluation concrète des bénéfices risques, il semble qu’elle soit du ressort de pratique coutumière. En ce sens, quelles raisons motivent les soignants au recours à la contention physique passive ?

***

Au sein d’un établissement hospitalier des Hauts de France, lors d’une journée de travail, une situation m’a fortement interpellée. Un patient, âgé de 82 ans, M. Bordas, est assis au fauteuil avec une ceinture pelvienne, une tablette gériatrique, face au mur, les freins du fauteuil enclenchés, sans sonnette… sans aucune prescription médicale et suivi dans le dossier. Suite à mon interrogation, l’aide-soignante me répond « parce que Monsieur croit qu’il peut se promener comme il veut dans les couloirs ! ». La mise sous contention physique passive va à l’encontre de la liberté des patients mais également de leur autonomie. Cependant, la notion de sécurité ressort dans le discours des soignants comme étant un motif de mise sous contention notamment pour les personnes âgées déambulantes.

Questionnements et pistes d’analyse suscités par la situation :

De cette situation ressort la question des motifs de mise sous contention physique passive au sein des établissements sanitaires. Nous pouvons nous demander si celles-ci sont appliquées dans un but thérapeutique pour le patient ou dans un souci sécuritaire et organisationnel pour le service ? Ces pratiques sont-elles la conséquence d’un manque de connaissances des recommandations préconisées par l’ANAES (Agence Nationale d’Evaluation et d’Accréditation en Santé) ? Les soignants évaluent-ils la possibilité d’alternatives à cette mise sous contention ?

Suggestions :

La formation des professionnels de santé, paramédicaux et médicaux, semble être primordiale au regard du contenu peu développé en formation initiale. Cependant, il convient de rechercher les représentations qu’ont les acteurs de santé de cette contention physique passive. A cela, il serait intéressant de connaitre le positionnement des directions hospitalières sur ce sujet. Quels sont les moyens mis en œuvre pour permettre un changement des pratiques professionnelles ?

Eclairages issues de la mise de la situation en dialogue :

La participation à la conférence citoyenne et scientifique nous a permis de croiser le regard des patients avec celui des soignants. En ce sens, en plus d’un apport théorique et pratique, la formation des professionnels de santé face à la contention ne devrait-elle pas inclure un échange entre patients et soignants sur leurs représentations, leurs ressentis face à cette pratique ? De même, les patients, les aidants ne devraient-ils pas participer au travail réalisé dans nos institutions pour changer nos pratiques ? Quelles sont leurs attentes ? Changeons-nous nos pratiques en ce sens ?

Effectivement, la démocratie sanitaire participative permet de changer nos pratiques de soins en considérant également le ressenti des patients et de son entourage. Travailler notamment avec la commission des usagers serait également une démarche à explorer.

Principaux textes de droits mobilisés dans la situation ou qui pourraient l’être :

– Agence Nationale d’Evaluation et d’Accréditation en Santé, Evaluation des pratiques professionnelles dans les établissements de santé : Limiter les risques de la contention physique de la personne âgée, octobre 2000

– Haute Autorité de Santé, Evaluation des pratiques professionnelles : Rapport d’expérimentation nationale, audit clinique ciblé appliqué à la diminution de la contention physique chez la personne âgée, juin 2006

– Haute Autorité de Santé, Recommandations de bonnes pratiques professionnelles : Evaluation et prise en charge des personnes âgées faisant des chutes répétées, avril 2009

– Haute Autorité de Santé, Recommandations pour la pratique clinique : Prévention des chutes accidentelles chez la personne âgée, Argumentaire, novembre 2005

Charte de la personne hospitalisée

 Charte des droits et des libertés de la personne âgée en situation de handicap ou de dépendance

– Cour Européenne des droits de l’Homme

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